Rechercher dans ma chambre

samedi, janvier 29, 2005

Combien coûtent les riches ?

Un excellent article du Monde diplomatique nous apprenait que « selon le Pnud toujours, ' à l’échelle planétaire, il manque quelque 80 milliards de dollars par an pour assurer à tous les services de base ', à savoir l’accès à l’eau potable, un toit, une alimentation décente, l’éducation primaire et les soins de santé essentiels. C’est exactement le montant du budget supplémentaire que le président Bush vient de demander au Congrès pour financer la guerre d’Irak ... » (1)

C'est aussi, si l'on se fie à la liste publiée par le magazine Forbes, 9,7 milliards de MOINS que l'avoir net estimé de Bill Gates (46,6 milliards) et Warren Buffett (42,9 milliards), les deux hommes les plus riches de la planète. Ce qui n'a pas semblé gêner le premier lorsqu'il a appelé l'élite économique et politique réunie à Davos à lutter contre la pauvreté et les pandémies en Afrique ! (2)

La question n'est pas de moi, mais je la pose à nouveau : combien nous coûtent-ils, tous ces riches qui veulent le « bien » des pauvres ?

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(1) Ramonet, Ignacio. « Après le tsunami ». Le Monde diplomatique [En ligne]. (Vendredi, 7 janvier 2005) (Page consultée le 16 février 2008)

(2) Déclaration rapportée dans le Devoir : AFP. « Forum de Davos - Blair, Clinton, Gates et Bono mobilisés contre la pauvreté ». Le Devoir [En ligne]. (Vendredi, 28 janvier 2005) (Page consultée le 16 février 2008)

mercredi, janvier 12, 2005

Trahisons durables II

Un article du Devoir rapportait récemment ce propos de l'ancien premier ministre du Québec, Lucien Bouchard :

« La machine gouvernementale professe, officiellement, une prédilection pour les plans. Elle invite régulièrement les ministères à en établir. Ce qu'elle n'aime pas, c'est qu'ils voient le jour. Elle fait donc en sorte de les perdre dans les labyrinthes du Conseil privé et dans les innombrables comités qui poussent comme des champignons sur la colline parlementaire. Pendant ce temps-là, on garde les ministres occupés et on les tient en laisse. » (1)

Et si les choses se corsent ?

« Si les choses se corsent, si un plan ou un projet ambitieux est trop près d'aboutir, le prochain remaniement expédie le ministre ailleurs. Les tablettes de tous les ministères sont copieusement garnies de ces beaux efforts inachevés ou rejetés par le successeur qui se lance, à son tour, dans un autre exercice qui connaîtra le même sort. » (2)

La justesse et le caractère général de ce terrible aveu, une fois de plus, nous ramènent aux mille trahisons -- des plus insignifiantes aux plus graves -- auxquelles se livrent ceux qui reçoivent à chaque élection le mandat de promouvoir le bien commun.

Un aveu qui fournit une clef utile pour la compréhension de plusieurs événements politiques marquant l'actualité.

Or, ce ne sont pas les événements qui vont manquer au cours des prochains mois. D'abord le rapport de la Commission d’étude sur la gestion de la forêt publique québécoise. Il sera difficile pour le gouvernement Charest de « tabletter » ce rapport qui est allé beaucoup plus loin que ce que le premier ministre souhaitait et qui pourrait marquer l'histoire du Québec.

Il y a aussi l'avant-projet de loi sur le développement durable, élaboré par le ministre québécois de l'Environnement, qui devrait mourir avant d'avoir vu le jour. Un remaniement ministériel opportun pourrait même expédier Thomas Mulcair à la tête d'un autre ministère, si jamais celui-ci montrait trop de pugnacité.

À suivre.

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(1) Cité dans : David, Michel. « Le pitbull vert ». Le Devoir [En ligne]. (Mardi, 7 décembre 2004) (Page consultée le 17 février 2008)

(2) Ibidem.

lundi, janvier 03, 2005

Trahisons durables

J'ai beau ne plus plus guère sortir de chez moi, les questions environnementales me rejoignent malgré tout, me tirent par la manche jusqu'à la fenêtre : regarde !

Ce que je vois n'est jamais très joli. Et pour cause.

Lu dernièrement dans Le Devoir: « Les ministères de l'Environnement sont aujourd'hui redéfinis comme des gestionnaires de projets économiques, comme des émetteurs de permis, l'un de polluer à certaines conditions, l'autre de dévaster tel écosystème moyennant quelques arbres ici et là, voire un simple lit de cailloux en espérant que les poissons le prendront pour leur ancien lit nuptial. Une part importante du travail des ministres consiste à masquer habilement ce glissement qui force leurs ministères à légaliser beaucoup plus la pollution et la dévastation qu'à protéger la Terre-Mère, ce que le public recherche encore avec un instinct qui remonte certainement à cette perception fondamentale de la vie, à l'origine d'un culte comme celui de la Pachamama. » (1)

Cet extrait exprime un constat à la fois lucide et terrible. Il rappelle les milles trahisons -- des plus insignifiantes aux plus graves -- auxquelles se livrent ceux qui reçoivent à chaque élection le mandat de promouvoir le bien commun.

Cela rappelle L'Erreur boréale, ce documentaire-choc de Richard Desjardins et Robert Monderie, où, à une plainte envoyée au ministère de l’Environnement par des citoyens soucieux de préserver leur forêt, ceux-ci reçoivent pour toute réponse une lettre émanant de la compagnie forestière qui prévoit justement couper à blanc cette forêt !

Et il n'y a pas que la forêt. De passage à l'émission Tout le monde en parle, le ministre québécois de l'Environnement, Thomas Mulcair, bombait le torse. Son avant-projet de loi sur le développement durable avait été bien reçu. En cette période précédant la pause des fêtes, les politiciens savent toute l'importance de créer dans l'esprit des citoyens une impression favorable. (2) Le ministre en a donc profité ce soir-là, devant deux millions de téléspectateurs, pour vanter la valeur de son projet, en parler comme s'il avait déjà force de loi. En vertu du constat de Louis-Gilles Francoeur, il y a pourtant fort à parier que l'avant-projet de loi sur le développement durable subira le même sort que la loi 112 « visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale », loi dont la clause dite « d'impact » devait « obliger désormais les membres du gouvernement à analyser les impacts de leurs décisions sur les démunis » !

Ouf !

Déjà, à Québec, chez nos dirigeants éclairés, il est question du « développement durable de la motoneige », (3) une contradiction dans les termes qui ne semble pas les gêner le moins du monde : polluons sans retenue, pour notre plaisir, mais en tout respect des générations à venir !

D'autant que, de l'aveu même de Mulcair, un des principaux problèmes en matière d'environnement, c'est la non-application des lois et règlements !

Ce n'est donc pas se montrer cynique que d'affirmer que s'il y a développement durable ici, il ne sera endurable qu'à ceux dont l'intérêt sera de garder les yeux fermés.

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(1) Francoeur, Louis-Gilles. « À quand un ministère de la Pachamama ? ». Le Devoir [En ligne]. (Vendredi, 10 septembre 2004) (Page consultée le 17 février 2008)

(2) Lire à ce propos : Cauchy, Clairandrée. « Brassage d'opinions : l'« effet » des Fêtes ». Le Devoir [En ligne]. (Vendredi, 31 décembre 2004) (Page consultée le 17 février 2008)

(3) Cité dans : Francoeur, Louis-Gilles. « Nature : Le développement pas endurable de la motoneige ». Le Devoir [En ligne]. (Vendredi, 31 décembre 2004) (Page consultée le 17 février 2008)