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lundi, février 19, 2007

Réchauffement climatique : aussi une responsabilité individuelle

Premier de deux textes

Mon frère m’envoie un courriel. Quelques lignes. Juste pour nous dire – le courriel est aussi adressé à ma soeur Francine – qu’il revient d’une semaine au Mexique : hôtel cinq étoiles, plage, soleil, farniente... et qu’il a bien aimé.

Vous dire mon abattement.

Il y était déjà allé il y a, quoi... trois ans. Même hôtel, même soleil... Ce n'était apparemment pas assez. En est-il seulement revenu plus heureux ?

Depuis le temps que je lui envoie des articles sur le réchauffement climatique, sur l’urgence – réitérée de toute part – de réduire collectivement nos émissions de CO2. Collectivement et aussi individuellement. INDIVIDUELLEMENT ! Stie.

C’est un tabou dans notre société. Ce droit que s’octroie l’honnête citoyen de polluer inconsidérément, sous prétexte qu’il mérite bien des vacances et dans la mesure où il a les moyens de se les offrir. Les moyens. Voilà ce qui qui m’indigne plus que tout. Le fric. Ce principe qui veut que, si vous avez le fric, vous avez aussi le droit. Droit d’acheter un gros VUS, d’y attacher une remorque chargée d’une motoneige, d’une motomarine, d’un hors-bord... Droit d’acheter une maison inutilement grande, véritable gouffre d’énergie. Droit de voyager où et quand il vous plaît. Droit à tous les égoïsmes, grands et petits, peut-être les pires ceux-là, les petits, ceux de tous les jours, auxquels vous ne pensez pas, melés qu’ils sont aux gestes quotidiens, au confort banal, tellement machinaux.

Tiens, les démarreur à distance. Vous appuyez sur le bouton, le moteur se met en marche, l’habitacle se réchauffe l’hiver ou se rafraîchit l’été. Cinq à dix minutes plus tard, il n’y a qu’à vous installer au volant dans un confort douillet...

Il est où le problème ?

Il est dans ce fait troublant, révélé dans un récent article de Louis-Gilles Francoeur : l’habitude de laisser ainsi tourner le moteur au ralenti « pourrait presque doubler la contribution d'une voiture au réchauffement du climat ». (1) Au point que la ville de Montréal a passé un règlement – en vigueur dans quelques mois – interdisant l’usage abusif de ces appareils.

En cas d’infraction, l’amende sera de 50 dollars. J’ai bien hâte de la voir sa tête, à l’honnête citoyen, quand l’agent va lui remettre le billet, quand il comprendra que le droit de polluer discrètement, en douce, coûte soudainement pas mal cher, sans compter le pincement de se sentir un peu hors la loi.

Il est trop facile, et quelque peu lâche, de critiquer Bush, l’Alberta, Harper, pour leur refus d’attaquer de front le problème du réchauffement climatique – ah oui, en passant, 2005 a été l’année la plus chaude selon la NASA et 2007 s’annonce encore plus chaud – si, individuellement, nous répondons à cette bassesse criminelle par un refus égal de repenser nos comportements au quotidien, en particulier nos comportements de consommation.

Si les gouvernements adoptent des mesures coercitives visant les grandes industries émettrices de gaz à effet de serre, vous pouvez être assurés qu’ils ne vont passe se gêner pour nous viser de même.

Ce à quoi nous assistons présentement n’est qu’un début. QU’UN DÉBUT.

__________

(1) Cet article explique que les convertisseurs catalytiques qui équipent les voitures ne fonctionnent qu’à des températures élevées, entre 475 et 600 °F. Or, ces températures ne peuvent pas être atteintes lorsque le moteur tourne au ralenti. Résultat : ne pouvant fonctionner, les convertisseurs émettent à froid du protoxyde d'azote, un des six gaz à effet de serre réglementés par le protocole de Kyoto parce que chaque molécule de ce gaz contribue au réchauffement du climat comme le font 320 molécules de gaz carbonique. Une minute au ralenti, à bas régime, équivaut à 320 minutes à haut régime ! C’est donc dire que lorsque vous laissez tourner le moteur cinq minutes, le temps que l’habitacle de la voiture se réchauffe, vous émettez autant de gaz à effet de serre que si vous rouliez 1600 minutes ou, si vous préférez, 26 heures et 40 minutes !! L’article de Francoeur a aussi le mérite de déraciner un mythe tenace : « Roxanne Héroux, du CAA Québec, a affirmé la même chose que tous les écologistes et les spécialistes en chimie ou en mécanique ont affirmée au Devoir : un moteur n'a pas besoin de plus de 20 à 30 secondes de réchauffement au ralenti -- le temps nécessaire au réchauffement des bougies et des valves -- pour entrer dans la circulation. En réchauffement hivernal, une voiture s'use autant qu'en 800 kilomètres sur la route, a ajouté Mme Héroux : les automobilistes ont intérêt à utiliser immédiatement leur voiture pour permettre au moteur d'atteindre son niveau de performance environnementale et mécanique en deux ou trois minutes. Tout prolongement indu multiplie d'autant le degré d'usure, a-t-elle conclu. »

Francoeur, Louis-Gilles. « Montréal vaincra-t-il le ralenti inutile ? ». Le Devoir [En ligne]. (Jeudi, 15 février 2007) (Page consultée le 19 février 2007)

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