Rechercher dans ma chambre

mercredi, février 21, 2007

Réchauffement climatique : vers des quotas individuels

Suite du billet du 19 février dernier

Donc, Montréal a passé l’an dernier un règlement interdisant de laisser tourner le moteur au ralenti plus de trois minutes. L’amende, en cas d’infraction : 50 dollars. (1)

Ce n’est qu’un exemple des mesures coercitives qui seront adoptées dans les prochaines années afin de nous corriger -- nous, citoyens -- de certaines habitudes devenues, avec le réchauffement climatique, néfastes.

La plupart de ces habitudes sont évidemment des habitudes de consommation, puisqu'en bons Nord-Américains que nous sommes, nous ne savons rien faire d’autres.

D’où la difficulté de nos élus, qui ne sont tout de même pas si nuls. Ils voient bien qu’il n’y a pas que les vilaines industries, les vilaines centrales thermiques fonctionnant au charbon, les vilaines pétrolières, que tout ce qui est produit est aussi nécessairement consommé et que, dans cette effroyable catastrophe qui nous tombe sur la tête, il y a beaucoup plus de petits coupables que de grands.

Des petits coupables, et aussi des petits lâches. Il est tellement plus facile, et moins confrontant, de gueuler contre Bush, l’Alberta, Harper, pour leur refus d’attaquer de front le problème du réchauffement climatique – ah oui, en passant, 2005 a été l’année la plus chaude selon la NASA et 2007 s’annonce encore plus chaud – que d’assumer en adultes, en êtres réfléchis, nos responsabilités réelles et immédiates à l’égard des pauvres du Sud qui seront – que dis-je : qui sont les plus affectés, et aussi à l’égard des générations à venir.

Mais ce temps béni de l’irresponsabilité, de l’insouciance et de la facilité tire à sa fin.

Si les gouvernements adoptent des mesures coercitives de réduction visant les grandes industries émettrices de gaz à effet de serre, vous pouvez être assurés qu’ils ne vont pas se gêner pour nous viser de même. (2)

Dans un récent billet je mentionnais que certaines multinationales, comme British Airways, Land Rover, Shell, British Petroleum..., offrent à leurs clients, de simples consommateurs, d’acheter au prix du marché des « crédits » d’émission de CO2. Bien sûr, l'idée participe avant tout d'une stratégie de marketing mais, maintenant qu’elle est lancée, elle va voler de ses propres ailes. Pour le moment il ne s’agit que d’une offre, sans obligation. Mais il n’y a pas de raisons pour que le marché international de crédits d’émission de CO2 actuellement mis en place n’inclue que les grandes entreprises. Bientôt nous y serons nous-mêmes inclus.

Sur le site du magazine L’actualité, nous pouvons d’ailleurs lire quelques paragraphes fort instructifs sur les DTQ. Je cite :

« [En Angleterre des] chercheurs travaillent à l’instauration d’une carte personnelle de crédit d’émission de CO2. Le débat est lancé dans la classe politique… Imaginez : vous faites le plein d’essence un matin en route vers le travail, mais au moment de régler, votre carte vous informe que [vos crédits d’émission de CO2 sont épuisés]. Un coup de fil à votre banque et vous achetez de quoi finir le mois sur le marché des [crédits] invendus. Puis vous repartez tranquille. Ce rêve, c’est celui de quelques chercheurs anglais. Il se nomme DTQ -- pour domestic tradable quotas, littéralement : quotas domestiques négociables. [L’idée est] d’instaurer un portefeuille national de [crédits d’émission de CO2] répartis également entre tous les Anglais. Selon ce plan, ceux-ci utiliseraient une carte de débit pour faire le plein, payer leurs factures d’électricité, leurs billets d’avion… Libre à eux par la suite de revendre les [crédits] qu’ils n’auront pas consommés, ou d’en acheter s’ils en manquent

» [...] ‘ On peut imaginer un quota de 1,25 tonne de carbone par personne par mois, soit l’équivalent de 2 000 litres d’essence ’, avance Richard Starkey, chercheur et coauteur d’un rapport sur les DTQ pour le Tyndall Centre. [...] Dans les rangs politiques, l’idée progresse peu à peu, portée par le député Colin Challen, auteur d’un projet de loi sur le sujet. Mais le chemin de l’acceptation politique reste encore long. [...] Richard Starkey regrette ces hésitations. ‘ Ce ne serait pas très compliqué à mettre en œuvre, dit-il. Il suffirait d’utiliser la technologie déjà en place pour les cartes bancaires. Avec l’appui de la classe politique, le système DTQ pourrait voir le jour d’ici 10 ans ’ ». (3)

Un article du Devoir va dans le même sens :

« [L’idée de] rationnement [à l’échelle individuelle] a aussi été abordée, même si [elle] risquait d'être fortement contestée dans le monde politique. ‘ La consommation d'énergie pourrait être quantifiée par individu et par ménage en distribuant des quotas. Évidemment, le but ne serait pas que tout le monde ait froid et demeure immobile, mais que l'idée de choix, de compromis, s'installe dans la tête des gens. Une famille ne pourrait plus, par exemple, avoir deux résidences chauffées et deux voitures pratiquement toujours sur la route ’, explique M. Lee-Gosselin. Ces idées vont beaucoup plus loin que la simple sensibilisation. ‘ Si les quotas d'énergie pour se déplacer et se chauffer coûtaient très cher, nous verrions vraiment un changement de comportement de la population. Les gens feraient très attention pour ne pas gaspiller de l'énergie et évidemment, n'hésiteraient pas à investir, par exemple, dans l'isolation de leurs maisons. Et les gens se mettraient aussi à comparer l'énergie qu'ils dépensent pour se chauffer, s'éclairer et utiliser leur voiture et essaieraient de voir, par exemple, à quel point ils peuvent se chauffer et s'éclairer avec l'énergie qu'ils économiseraient en laissant leur voiture dans leur garage. Ce serait toute une nouvelle façon de penser que nous développerions ’, poursuit le professeur de l'université Laval. » (4)

Une toute nouvelle façon de penser, en effet...

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(1) « Le règlement sur le ralenti inutile, adopté l'an dernier, s'est avéré inopérant parce que, défini comme une ‘ nuisance ’, les policiers devaient remettre les contraventions en mains propres. Le 3 février dernier, a précisé Natacha Beauchesne, de la Ville de Montréal, aucune contravention n'avait encore été enregistrée à la Cour municipale de Montréal. ‘ Mais les choses vont changer rapidement, a promis Allan de Sousa, parce que 15 des 18 arrondissements de Montréal ont réinscrit l'ancien règlement dans celui sur la circulation, ce qui permettra aux policiers, aux agents de stationnement et aux inspecteurs de sécurité de la Ville de distribuer des contraventions à tous ceux qui dépassent les trois minutes légales sans être dans leur voiture. Les premières contraventions ont commencé à être épinglées dans les pare-brise, la Ville passant à la coercition après les campagnes de sensibilisation. ’ Le règlement prévoit une première amende de 50 $ pour les personnes physiques et de 100 $ pour les personnes morales, des montants qui doubleront en cas de récidive. Allan de Sousa n'exclut pas non plus de modifier ultérieurement le règlement actuel, soit pour raccourcir les trois minutes de ralenti légal, soit, tout simplement, pour interdire le ralenti des véhicules s'il n'y a personne à l'intérieur. Il attend de voir comment évolueront le comportement des automobilistes, l'opinion publique et les politiques de Québec. »

Francoeur, Louis-Gilles. « Montréal vaincra-t-il le ralenti inutile ? ». Le Devoir [En ligne]. (Jeudi, 15 février 2007) (Page consultée le 19 février 2007)

(2) C'est d'ailleurs ce qu'affirme le chef du Parti vert, Scott McKay : « Le risque est à nos portes, dit-il. Les perturbations économiques, géopolitiques, sociales, pourraient être graves si rien n'est fait aujourd'hui. Et devant l'ampleur des perturbations, nos gouvernements pourraient devoir commettre des gestes autoritaires, avec tous les risques de dérapage que cela suppose. »

Deglise, Fabien. « Vert pâle plutôt que foncé ». Le Devoir [En ligne]. (Vendredi, 16 mars 2007) (Page consultée le 17 mars 2007)

(3) Le Loët, Karine. « Londres sort de la brume ». L'actualité [En ligne]. (Samedi, 1er juillet 2006) (Page consultée le 20 février 2007)

(3) Letarte, Martine. « Vers un rationnement ? ». Le Devoir [En ligne]. (Samedi 23 et du dimanche 24 décembre2006) (Page consultée le 20 février 2007)

lundi, février 19, 2007

Réchauffement climatique : aussi une responsabilité individuelle

Premier de deux textes

Mon frère m’envoie un courriel. Quelques lignes. Juste pour nous dire – le courriel est aussi adressé à ma soeur Francine – qu’il revient d’une semaine au Mexique : hôtel cinq étoiles, plage, soleil, farniente... et qu’il a bien aimé.

Vous dire mon abattement.

Il y était déjà allé il y a, quoi... trois ans. Même hôtel, même soleil... Ce n'était apparemment pas assez. En est-il seulement revenu plus heureux ?

Depuis le temps que je lui envoie des articles sur le réchauffement climatique, sur l’urgence – réitérée de toute part – de réduire collectivement nos émissions de CO2. Collectivement et aussi individuellement. INDIVIDUELLEMENT ! Stie.

C’est un tabou dans notre société. Ce droit que s’octroie l’honnête citoyen de polluer inconsidérément, sous prétexte qu’il mérite bien des vacances et dans la mesure où il a les moyens de se les offrir. Les moyens. Voilà ce qui qui m’indigne plus que tout. Le fric. Ce principe qui veut que, si vous avez le fric, vous avez aussi le droit. Droit d’acheter un gros VUS, d’y attacher une remorque chargée d’une motoneige, d’une motomarine, d’un hors-bord... Droit d’acheter une maison inutilement grande, véritable gouffre d’énergie. Droit de voyager où et quand il vous plaît. Droit à tous les égoïsmes, grands et petits, peut-être les pires ceux-là, les petits, ceux de tous les jours, auxquels vous ne pensez pas, melés qu’ils sont aux gestes quotidiens, au confort banal, tellement machinaux.

Tiens, les démarreur à distance. Vous appuyez sur le bouton, le moteur se met en marche, l’habitacle se réchauffe l’hiver ou se rafraîchit l’été. Cinq à dix minutes plus tard, il n’y a qu’à vous installer au volant dans un confort douillet...

Il est où le problème ?

Il est dans ce fait troublant, révélé dans un récent article de Louis-Gilles Francoeur : l’habitude de laisser ainsi tourner le moteur au ralenti « pourrait presque doubler la contribution d'une voiture au réchauffement du climat ». (1) Au point que la ville de Montréal a passé un règlement – en vigueur dans quelques mois – interdisant l’usage abusif de ces appareils.

En cas d’infraction, l’amende sera de 50 dollars. J’ai bien hâte de la voir sa tête, à l’honnête citoyen, quand l’agent va lui remettre le billet, quand il comprendra que le droit de polluer discrètement, en douce, coûte soudainement pas mal cher, sans compter le pincement de se sentir un peu hors la loi.

Il est trop facile, et quelque peu lâche, de critiquer Bush, l’Alberta, Harper, pour leur refus d’attaquer de front le problème du réchauffement climatique – ah oui, en passant, 2005 a été l’année la plus chaude selon la NASA et 2007 s’annonce encore plus chaud – si, individuellement, nous répondons à cette bassesse criminelle par un refus égal de repenser nos comportements au quotidien, en particulier nos comportements de consommation.

Si les gouvernements adoptent des mesures coercitives visant les grandes industries émettrices de gaz à effet de serre, vous pouvez être assurés qu’ils ne vont passe se gêner pour nous viser de même.

Ce à quoi nous assistons présentement n’est qu’un début. QU’UN DÉBUT.

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(1) Cet article explique que les convertisseurs catalytiques qui équipent les voitures ne fonctionnent qu’à des températures élevées, entre 475 et 600 °F. Or, ces températures ne peuvent pas être atteintes lorsque le moteur tourne au ralenti. Résultat : ne pouvant fonctionner, les convertisseurs émettent à froid du protoxyde d'azote, un des six gaz à effet de serre réglementés par le protocole de Kyoto parce que chaque molécule de ce gaz contribue au réchauffement du climat comme le font 320 molécules de gaz carbonique. Une minute au ralenti, à bas régime, équivaut à 320 minutes à haut régime ! C’est donc dire que lorsque vous laissez tourner le moteur cinq minutes, le temps que l’habitacle de la voiture se réchauffe, vous émettez autant de gaz à effet de serre que si vous rouliez 1600 minutes ou, si vous préférez, 26 heures et 40 minutes !! L’article de Francoeur a aussi le mérite de déraciner un mythe tenace : « Roxanne Héroux, du CAA Québec, a affirmé la même chose que tous les écologistes et les spécialistes en chimie ou en mécanique ont affirmée au Devoir : un moteur n'a pas besoin de plus de 20 à 30 secondes de réchauffement au ralenti -- le temps nécessaire au réchauffement des bougies et des valves -- pour entrer dans la circulation. En réchauffement hivernal, une voiture s'use autant qu'en 800 kilomètres sur la route, a ajouté Mme Héroux : les automobilistes ont intérêt à utiliser immédiatement leur voiture pour permettre au moteur d'atteindre son niveau de performance environnementale et mécanique en deux ou trois minutes. Tout prolongement indu multiplie d'autant le degré d'usure, a-t-elle conclu. »

Francoeur, Louis-Gilles. « Montréal vaincra-t-il le ralenti inutile ? ». Le Devoir [En ligne]. (Jeudi, 15 février 2007) (Page consultée le 19 février 2007)

mercredi, février 14, 2007

Parasites

« C'est toutefois dans le monde des parasites que l'on retrouve les formes les plus extrêmes de monogamie. La vie de couple atteint un paroxysme chez les membres -- hermaphrodites -- du genre Diplozoon qui fusionnent leurs tissus génitaux pour la vie, ce qui leur permet d'échanger des gamètes durant toute leur existence. » (1)
D’où cette idée toute naturelle :
-- Dis Douna, si on fusionnait nos tissus génitaux pour la vie ? Hein ?
Après tout, ne me suis-je pas acquis, au fil des ans, un solide statut de parasite social ?
Je suis, depuis une vingtaine d'années, prestataire du Programme d’aide sociale. Sans parler de l’allocation que je reçois du CLSC pour mes services d’aide physique. Quarante-cinq heures de services par semaine, ce n’est pas rien. Sans parler également du supplément au loyer, un autre programme très utile qui me permet de ne payer que la moitié du loyer.
Au total, c’est 40 000 $ qui sont pris chaque année dans les poches des contribuables. Le salaire d’un col bleu. Et en retour, qu’est ce que je leur rapporte aux contribuables, hein ?
Je suis une espèce de col bleu rabougri, amaigri, affaibli, tordu de corps et d’esprit, aigri certes, de plus en plus, mais en vie.
J’ai même des ambitions ! Le poste de lieutenant-gouverneur. L’honorable Lise Thibault, qui l’occupe depuis 1997, a droit à toute mon admiration. Voyez les chiffres récents : un garden party à 59 000 $, une fête de Noël à 30 000 dollars... (2)
Si elle n’était pas, elle aussi, en fauteuil roulant, je crois bien que je ne résisterais pas au désir de fusionner avec l’honorable.
On se scandalise du train de vie du parasite Thibault ? Un instant !
D’abord le train émet moins de gaz à effet de serre (GES) que vos voitures. Ensuite, d’un point de vue environnemental, votre mode de vie est une catastrophe. Et je ne parle pas ici que du réchauffement climatique, même si, à lui seul, le mégaphénomène engendrera plus de destruction, à l’échelle planétaire, que toutes les guerres menées depuis que l’homme existe. J’exagère ? Vous en parlerez à vos enfants ou petits-enfants dans une quarantaine d’années. Ou aux pauvres dans les pays du Sud, lesquels seront les plus durement affectés, notamment à cause des pénuries d’eau. Des millions de morts. Tout cela, j’insiste, est maintenant documenté et bien connu.
Serions-nous les parasites des pauvres ?
Mais il y a en outre tous ces « biens » que nous consommons. Pour les produire, il a bien fallu polluer, rejeter sans traitement, directement dans l’environnement des substances toxiques. Je dis : il a bien fallu... En fait, il s’agit d’un choix social. Car cette pollution a un coût – appelé, dans le jargon comptable, externalité – qui n’est pas inclus dans le prix de nos téléphones cellulaires, ordinateurs, écrans au plasma, gadgets divers, motoneiges, VTT, peintures, etc. Ce coût, dont nous ne voulons surtout pas assumer la charge, est évidemment mis à la charge des générations à venir. (3)
Serions-nous les parasites des jeunes générations ?
Douna -- que j’appelle « parasite de mon cul » parce qu’elle ne manque jamais une occasion de me donner deux ou trois tapes furieuses sur les fesses, comme à un polisson – Douna ne veut pas fusionner ses tissus génitaux avec les miens pour la vie.
Pour dix minutes alors ?
Pas grave. Gna. Je trouverai quelqu’une d’autre.
C’est pas le choix qui manque.
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(1) Gravel, Pauline. « Entrevue avec le chercheur Frank Cézilly - La monogamie chez les animaux est plutôt l'exception que la règle ». Le Devoir [En ligne]. (Lundi, 22 janvier 2007) (Page consultée le 12 février 2007)
(2) Shields, Alexandre. « Lieutenante-gouverneure du Québec depuis 1997 - Le train de vie de Lise Thibault suscite la controverse ». Le Devoir [En ligne]. (Samedi 10 et dimanche 11 février 2007) (Page consultée le 12 février 2007)
(3) Des dizaines de milliers de substances toxiques, sans compter les centaines de nouvelles créées chaque jour, et en excluant toutes celles qui seront bientôt issues du domaine des nanotechnologies. Parmi les plus connues : bromure de méthyle, chloramines inorganiques, COV, dioxines, eaux usées chlorées, furanes, glyphosate, hydrates de gaz, hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), jachère chimique, mercureméthylisé, méthane, BPC et chlorobenzènes, organofluorés utilisés comme produits ignifuges, oxydes d'azote, perturbateurs endocriniens, phytocides, glyphosate, polybromodiphényléthers, protoxyde d’azote, tributylétain (TBT), trichloroéthylène (TCE)