Rechercher dans ma chambre

mercredi, octobre 27, 2010

Allons prier au moratoire Saint-Joseph

Guy Laliberté, du haut de sa sagesse milliardaire, a parlé : « Les gaz de schiste, ça nous préoccupe, surtout que la Fondation One Drop mise sur l'accès à l'eau potable. Il ne faut pas être sourd ou aveugle. Présentement, je suis persuadé que nous n'avons pas toute l'information nécessaire pour prendre une décision ». (1) Il ne réclame pas pour autant un « moratoire », mot politiquement très chargé ces temps-ci et qu’évitera un homme appartenant à l’élite détentrice du pouvoir.

N’empêche que son intervention publique est la bienvenue. L’exploitation des gaz de schiste demande de grandes quantités d’eau, sans parler du risque élevé de contamination des eaux de surface par les bassins de rétention peu sécuritaires. (2) Or, présentement le gouvernement n’a aucune idée de la quantité d’eau que contiennent les nappes phréatiques du Québec. (3) Pour connaître l’état de nos ressources aquifères, il faudrait que le ministère de l’Environnement en fasse l’inventaire exhaustif, ce qui n’est pas pour demain. À moins d’un miracle.

Allons tous prier au moratoire Saint-Joseph.

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(1) Ian Bussières. « Gaz de schiste : Guy Laliberté plonge dans le débat ». cyberpresse.ca, 27 octobre 2010 (page consultée le 27 octobre 2010)

(2) Voir le reportage de Jean-René Dufort (« Gaz de schiste – Infoman ») sur ces bassins de surface où s’accumulent les eaux contaminées par les produits toxiques utilisés pour fracturer le shale (et non le schiste).

(3) Louis-Gilles Francoeur. « Gaz de schiste - Les réserves d'eau seraient menacées ». Le Devoir, 15 octobre 2010 (page consultée le 27 octobre 2010)

mercredi, octobre 13, 2010

La ministre Normandeau à Tout le monde en parle

Lors de son passage à Tout le monde en parle, la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, a joué à fond la carte nationaliste, quelque chose comme : pourquoi on se donnerait pas la chance historique d'exploiter une ressource abondante qui nous profitera à nous, Québécois, comme on l'a fait avec l'hydroélectricité ?

La comparaison avec l'hydroélectricité est assez malvenue puisque cette ressource a été nationalisée dans les années 1960. Or, les gaz de shale vont demeurer la propriété des entreprises qui ont obtenu pour une bouchée de pain les droits d'exploitation. La ministre trompe les Québécois quand elle présente cette dépossession comme une appropriation de « notre » ressource.

Son argument pour justifier le coût dérisoire des droits est de la même eau : les entreprises québécoises sont jeunes et n'ont pas encore les moyens financiers de payer des droits élevés. Ah oui ? Les entreprises qui ont obtenu les droits sur les gaz de schiste ne sont pourtant pas toutes québécoises. Talisman Energy, par exemple, est une multinationale albertaine dont les revenus en 2009 ont dépassé les sept milliards de dollars.

Cette idée que la ministre voudrait bien nous enfoncer dans le crâne (pourquoi pas au moyen d'un forage, tiens !), cette idée que les Québécois doivent s'approprier leur ressource, fait l'impasse sur une réalité toute simple : le marché de l'énergie est déréglementé et mondialisé ; les entreprises qui détiennent les droits sur les ressources du sous-sol québécois peuvent en disposer à leur guise, en vendre une petite partie sur le marché local et exporter le reste. D'ailleurs le ministre des Finances lui-même, Claude Bachand, admet cet possibilité. (1)

L’animateur de Tout le monde en parle a trouvé Normandeau solide. Moi, impudente

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(1) Charles Côté. « Gaz de schiste: le ministère des Finances envisage l'exportation ». cyberpresse.ca, 13 octobre 2010 (page consultée le jeudi 14 octobre 2010)

vendredi, septembre 17, 2010

La vermine

Juste avant que j’attrape ce foutu rhume carabiné… On dit : attraper, mais c’est plutôt le rhume qui nous attrape. C’est vivant cette vermine ! Tellement vivant que j’ai cru que j’allais en crever. Mais ce n’était qu’une fausse alerte. Me voilà de retour, au lit certes, mais tout de même capable de lire les journaux sur l’Internet.

Juste avant que j’attrape le rhume, disais-je, il était beaucoup question des panneaux de signalisation routière que le gouvernement Charest veut remplacer au plus vite à la grandeur du Québec. Il y en a 400 000 ; une bagatelle de 700 millions. Et pourquoi tant de hâte ? Pour « accommoder une population vieillissante » (1) qui pourraient avoir de la difficulté à lire les panneaux actuels. Réjouissons-nous d’avoir un gouvernement si accommodant. Comme par hasard, le service chargé de la fabrication de ces panneaux vient d’être cédé au secteur privé. (2)

De retour de l’hôpital, qu’est-ce que je lis ? Les gaz de schiste par-ci, les gaz de schiste par-là, des hommes d’affaires qui se frottent les mains, André Caillé qui nous prend pour des valises (3) et un gouvernement libéral qui, une fois de plus, couche avec l’industrie. Et la plus pute de toutes, la ministre des Ressources naturelles, qui nous dit que si nous voulons conserver nos garderies à sept dollars, eh ben il faut faire des « choix judicieux » : ce sera les gaz de schiste. (4) Car il faut voir plus loin que le bout de son nez, il faut penser à l’avenir, notre système de santé, nos services sociaux, ce dont nous sommes, nous petites gens, manifestement incapables.

Si bien lancée, Normandeau ne s’est pas arrêtée là. Les gaz de schiste, c’est comme la belle époque de René Lévesque et du développement de l’hydroélectricité, dit-elle. Remarquez, elle n’est pas aller jusqu’à évoquer la nationalisation de cette ressource. Trop dangereux. Explosif. Les gaz de schiste doivent d’abord profiter au secteur privé, quelques entreprises québécoises qui prospectent le sous-sol québécois depuis une dizaine d’années, et des multinationales d’Alberta et d’ailleurs qui éventuellement vont les avaler. Nos ressources gazières sont essentiellement destinées à l’exportation. Le marché de l’énergie n’a pas de frontières, le pétrole et le gaz se vendent sur les places boursières, l’acheteur peut être chinois ou brésilien. La ministre Normandeau sait très bien cela, mais le mot d’ordre du gouvernement et de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), c’est de nous bullshiter jusqu’au « consensus ».

Ce qui me tue, c’est l’effronterie de la manœuvre, le mépris qui lui est sous-jacent. Les ficelles sont si grosses, pour ne pas dire grossières : du personnel politique au plus haut échelon passe d’urgence au service du lobby gazier, (5) des firmes de relations publiques sont enrôlées, quatre « consultations » publiques sont lancées de front alors que le BAPE -- le seul organisme consultatif à pouvoir mener un tel débat au nom de l’intérêt de tous les Québécois – de son côté a reçu un mandat biaisé, limité à quatre mois alors qu’il lui faudrait plusieurs années. (6)

Cette fin de semaine, c’est justement la fin de semaine Nettoyons la Terre. Une bonne occasion de nous débarrasser de nos déchets politiques et de cette vermine affairiste et cupide qui menace la santé démocratique du Québec.

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 (1) Fabien Deglise. « Panneaux neufs : une manne de 700 millions pour le privé ». Le Devoir, 4 août 2010. (Page consultée le 15 septembre 2010)

(2) Fabien Deglise. « Transports Québec - Tomber dans le panneau du vieillissement ». Le Devoir, 5 août 2010. (Page consultée le 15 septembre 2010)

(3) Pierre Foglia. « Les valises ». cyberpresse.ca, 2 septembre 2010.

(4) Alexandre Shields. « Gaz de schiste : Normandeau fait vibrer des cordes sensibles ». Le Devoir, 15 septembre 2010. (Page consultée le 15 septembre 2010)

(5) Antoine Robitaille. « Un gouvernement en crise - Les schistes, une filière libérale ? ». Le Devoir, 3 septembre 2010. (Page consultée le 15 septembre 2010)

(6) Louis-Gilles Francoeur. « Deux experts se prononcent - Le BAPE : un mandat atrophié ». Le Devoir, 4 septembre 2010. (Page consultée le 15 septembre 2010)

dimanche, juillet 18, 2010

Quelque chose de sacré

Des aborigènes d'Amazonie disent ce qu'ils pensent de certains aspects de la civilisation occidentale. Ces hommes ont revêtu pour l’occasion leurs tenues d’apparat ; les femmes, et c’est dommage, ne sont pas admises à cette assemblée.

Le moment le plus émouvant : quand ils écoutent Maria Callas chanter Casta Diva. Je ne sais pas pourquoi, j’ai pleuré. Un air qui ne m’avait jamais touché à ce point.

Un des sages, peut-être le chef, a cette remarque d'une profonde sensibilité : « Je trouve ça bouleversant. Sans la comprendre, on sent qu'il y a quelque chose de sacré ».

Dans l'ensemble, cette vidéo au titre très discutable demeure toutefois imprégnée du mythe du « bon sauvage », encore aujourd'hui très prégnant chez les Français, et auquel je n'adhère pas. Il n'y a pas de civilisation, pas de peuple supérieur aux autres.

mercredi, juin 23, 2010

Vingt ans après l'échec de Meech. Grosse fatigue

Une commémoration bien québécoise cette semaine : celle d’un échec. Il y a vingt ans, l’accord du lac Meech devenait « l’échec du lac Meech ». Moi-même, je me souviens, j’y étais opposé. Quand le député manitobain Elijah Harper a fait déraillé le processus de ratification de l’accord, j’ai poussé un grand « yes sir ! » bien senti. J’y voyais un événement favorable à la souveraineté du Québec que je croyais, à l’époque, encore possible. J’attendais, pour reprendre les mots de René Lévesque, notre « rendez-vous normal avec l’Histoire ». Ce rendez-vous n’a jamais eu lieu. De 1980 à 1995, nous avons donc vécu l’échec du premier référendum, puis l’échec de Meech, puis le rejet de l’entente de Charlottetown, puis l’échec d’un second référendum sur la souveraineté. Que peut bien vouloir dire aujourd’hui ce vers de Miron : « Un jour j’aurai dit oui à ma naissance » ? Plus rien. Le statut du Québec au sein du Canada demeure problématique. Mais, aussi bien, son rapport au monde. Qui sommes-nous ? Quelle est notre pertinence ? Que voulons-nous ? Être heureux avec notre nouveau iPad ? Si ce n’est que cela, alors pourquoi défendre notre langue ? Pourquoi freaker sur la question du voile islamique ? Que voulons-nous au juste préserver, perpétuer ?

Ces questions n’ont rien de rhétorique. Elles nous habitent comme des fantômes. Les fantômes d’un peuple qui se meurt à lui-même et au monde. Au point où désormais il doute de la plus fondamentale des évidences, celle d’être un peuple. Cette régression s’accompagne d’une perte implacable du pouvoir politique, lequel se concentre de plus en plus à Ottawa.

Une idée communément admise -- et si rassurante -- veut que l’échec de Meech et celui de Charlottetown aient consacré la victoire du statu quo. Il n’y a pas de statu quo possible. Le Canada continue d’évoluer suivant sa dynamique propre, vers un État unitaire, centralisé, indifférent à la spécificité québécoise et aux revendications qui découlent du désir – évanescent il est vrai – de la préserver. Il y a trois ans, le groupe TSX (qui détient la bourse de Toronto) achetait la bourse de Montréal, une transaction que certains médias ont pudiquement appelé « fusion ». Aujourd’hui, le gouvernement Harper s’entête à vouloir créer, contre l’avis de tous les experts, une commission des valeurs mobilières unique, au lieu des dix commissions provinciales actuelles, une attaque si brutale à l’autonomie des provinces que le gouvernement Charest a porté l’affrontement devant la Cour d’appel du Québec. Parallèlement, Harper, avec l’appui des libéraux de Michael Ignatieff, s’apprête à passer la loi C-12 qui ajoutera 30 nouvelles circonscriptions aux 308 que compte actuellement le pays : 18 iront à l’Ontario, 7 à la Colombie-Britannique, 5 à l’Alberta et… aucune au Québec. Rappelons que c’est le Québec qui, aux dernières élections, a empêché le Parti conservateur d’obtenir une majorité à la Chambre des communes. Il s’agit donc pour Harper de faire en sorte de pouvoir désormais se passer de nos votes, une stratégie qui profitera aussi au Parti libéral du Canada. Pour occulter notre marginalisation, à laquelle participent sans broncher les quelques députés québécois des deux principaux partis fédéraux, il sera désormais interdit d’utiliser l’expression « Québécois de service » à la Chambre des communes.

Dans cette même perspective, il faut aussi rappelé le jugement controversé rendu par la Cour suprême du Canada, lequel a invalidé la loi 104 qui interdisait le recours aux « écoles passerelles » au Québec.

Ces quelques exemples n’ont pour but que d’illustrer les conséquences de notre démission collective, de notre régression dans la recherche d’un bonheur individuel, axé plus que jamais sur la consommation infantilisante, aliénante et dénuée de sens. Vingt ans après l’échec de Meech, notre refus de faire des choix affirmés qui nous définissent et nous ouvrent au monde, nous place en position vulnérable, défensive, face aux choix des détenteurs du pouvoir.

C’est peut-être là, dans cet démission, qu’il faut voir l’expression de ce que Hubert Aquin appelait, il y a plus de quarante ans déjà, notre  « fatigue culturelle ».

jeudi, mai 20, 2010

La morale qui tue

J’ai parlé l’autre jour d’Elie Wiesel, ce grand humaniste, prix Nobel de la paix, auteur de nombreux romans, pièces de théâtre, essais… Interrogé en 2006 sur son appui à l'invasion de l’Irak, il a eu cette réponse : « Si j'avais su à l'époque ce que je sais maintenant, j'aurais évidemment dit non à la guerre ». Et, conscient de la gravité de sa faute, il ajoute : « N'oublions pas qu'à cette époque aucun service de renseignements au monde ne disait que Saddam Hussein ne possédait pas [d’]armes [de destruction massive] ». (1)

Certes. Mais, aussi bien, aucun service de renseignements ne pouvait prouver qu’il en possédait. Durant les mois qui ont précédé le déclenchement de l’attaque américaine, Hans Blix, chef des inspecteurs en armement de l’ONU, n’a rien trouvé en Irak. Il demande alors plus de temps pour terminer les inspections, qui sont menées, faut-il le rappeler, avec la collaboration des services secrets britanniques et américains, mais Washington, pressé de liquider le régime qui lui bloque l’accès au pétrole, ne l’écoute plus. (2) Le 20 mars 2003, les premières bombes s’abattent sur Bagdad.

Ce qui étonne le plus, c’est que, en toute logique, ce n’est pas la présence sur le territoire irakien d’armes de destruction massive qui devait justifier l’attaque américaine, mais le lien supposé de Saddam Hussein avec Al-Qaïda. Car ce projet belliqueux se voulait – officiellement -- la réplique des États-Unis aux attentats du 11 septembre 2001. Comment Elie Wiesel peut-il négliger ce fait ? Comment peut-il faire abstraction du fait que personne à l’époque ne croyait honnêtement à l’existence d’un quelconque lien du dictateur avec Ben Laden ?

La réponse se trouve peut-être dans une lettre publiée par le Devoir le 23 mars 2003. Parmi tous les crimes de Saddam Hussein, il y en un qui justifie aux yeux de Wiesel ce qu’il appelle la « guerre », c’est-à-dire « des orphelins, des veuves, des corps, des cadavres, du sang » : durant la première guerre du Golfe, « il a dirigé contre Israël des missiles Scud », (3) il a voulu tuer des Juifs. Le tragique manque de jugement de Wiesel, cet homme au prestige moral incomparable, et que consultait George W. Bush, semble puiser à une profonde souffrance, celle d’Auschwitz où il fut déporté, adolescent, et où il perdit sa famille. Et dont il n’est jamais revenu.

Que dire par contre de ces intellectuels américains qui signèrent, dès 2002, une lettre publique qui fit grand bruit, et qui justifiait la violence des armes dans le cadre d’une « guerre juste » ? Il faut la lire, cette lettre, dégoûtante d’hypocrisie bigote, avec des phrases comme : « Si l'on a la preuve incontestable qu'un recours à la force peut empêcher le massacre d'innocents incapables de se défendre par eux-mêmes, alors le principe moral de l'amour du prochain nous ordonne de recourir à la force ». (4)

À ces adeptes de la morale qui tue, et qui pourtant osent affirmer qu’une « guerre juste ne peut être menée que contre des combattants », je propose le vidéo suivant.


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(1) François Busnel. « Elie Wiesel : ‘ Si j'avais su... ’ ». L’Express.fr, 1er juin 2006. (Page consultée le 15 mai 2010)

(2) Olivier Da Lage. « L’implacable réquisitoire de Hans Blix ». Radio France internationale, 8 avril 2004. (Page consultée le 19 mai 2010)

(3) Elie Wiesel. « Le Prix Nobel Élie Wiesel se prononce - Il fallait affronter l'Irak ». Le Devoir, 25 mars 2003. (Page consultée le 15 mai 2010)

(4) Collectif. « Lettre d'Amérique, les raisons d'un combat ». Voltairenet.org, 1er février 2002. (Page consultée le 2 mai 2010)

samedi, mai 01, 2010

La victime et le bourreau

Durant les années difficiles de mon adolescence, la lecture m’a servi de refuge. Un de mes auteurs préférés : Isaac Asimov. Ses histoires qui se passaient en l’an 11 000 et quelque me permettaient de prendre momentanément congé de mon handicap et de cet horizon tourmentant des premiers deuils, les plus difficiles. Par toutes les pensées refoulées qui lui étaient, d’une certaine manière, à mon insu associées, Asimov avait fini – je le comprends aujourd’hui – par m’apparaître intime. Je l’admirais. Mon intérêt pour la science a d’abord été un intérêt pour la science-fiction. Mais je me souviens d’un après-midi aux galeries d’Anjou, au La Baie, ou au Simpson, un petit présentoir isolé au bout d’une allée, dans une section de vêtements. Que deux livres, posés là, inexplicablement : Seconde fondation et Fondation foudroyée. J’avais déjà le premier tome de la trilogie. Personne autour. Sentiment étrange d’irréalité... Je m’approche. Prends les deux livres puis la sortie tout près.

Évidemment, trente secondes plus tard, deux agents marchent à côté de moi. Me conduisent à un petit local où l’on m’interroge, sans toutefois oser me fouiller. On remplit un formulaire en proférant de lourdes menaces, puis on me relâche. De retour chez moi, j’ai éclaté en sanglots. La pire humiliation de ma vie.

Or, voilà que la semaine dernière, quelque trente ans plus tard, au hasard de mes lectures, je retrouve – avec émotion – Asimov. Ou plutôt Isaac, le Juif, à travers un extrait de son autobiographie. Et je découvre que cet homme, avec ses lunettes à large monture et son air benêt, est aussi un sage analyste politique et un authentique humaniste. Son anecdote, présentée ici, au sujet d’Elie Wiesel m’a réconforté. D’abord parce qu’elle concerne Elie Wiesel, ce prix Nobel de la paix qui a publiquement cautionné, de son prestige moral, l’infamante guerre contre l’Irak. Ensuite parce qu’elle met le doigt sur une idée communément admise et si hérissante. Il n’y a pas, dit-il, de peuple essentiellement bon ; il n’y a que des peuples agressés, soumis, exterminés, mais entre ceux-ci et leurs agresseurs, la différence ne tient qu’aux circonstances historiques.

Voilà une vérité qui demande un certain courage, surtout à un Juif. Ce courage, Asimov l’a ; Wiesel, peut-être parce qu’il a trop souffert, ne l’a pas. Je cite :

Je me suis publiquement exprimé là-dessus une seule fois, dans des circonstances délicates. C’était en mai 1977. J’étais convié à une table ronde en compagnie notamment d’Elie Wiesel, qui a survécu à l’Holocauste et, depuis, ne sait plus parler d’autre chose. Ce jour-là, il m’a agacé en prétendant qu’on ne pouvait pas faire confiance aux savants, aux techniciens, parce qu’ils avaient contribué à rendre possible l’Holocauste. Voilà bien une généralisation abusive ! Et précisément le genre de propos que tiennent les antisémites : « Je me méfie des Juifs, parce que jadis, des Juifs ont crucifié mon Sauveur. »

J’ai laissé les autres débattre un moment en remâchant ma rancœur puis, incapable de me contenir plus longtemps, je suis intervenu : « Monsieur Wiesel, vous faites erreur ; ce n’est pas parce qu’un groupe humain a subi d’atroces persécutions qu’il est par essence bon et innocent. Tout ce que montrent les persécutions, c’est que ce groupe était en position de faiblesse. Si les Juifs avaient été en position de force, qui sait s’ils n’auraient pas pris la place des persécuteurs ? »

A quoi Wiesel m’a répliqué, très emporté : « Citez-moi un seul cas où des Juifs auraient persécuté qui que ce soit ! »

Asimov lui cite un exemple, emprunté à l’histoire biblique, tout en remarquant dans son autobiographie – publiée en 1996 – qu’aujourd’hui il n’hésiterait pas à évoquer l’oppression des Palestiniens par Israël. Mais si, au total, il y a de fait peu d’exemples – quoique, du point de vue essentialiste qui est celui de Wiesel, un seul suffise – c’est pour une raison très simple, répond Asimov :

C’est qu’il n’y a pas d’autre période dans l’histoire où les Juifs aient exercé le pouvoir, ai-je répondu. La seule fois où ils l’ont eu, ils ont fait comme les autres.

Et de conclure :

A l’heure où j’écris, on assiste à un afflux de Juifs ex-soviétiques en Israël. S’ils fuient leur pays, c’est bien parce qu’ils redoutent des persécutions de nature religieuse. Pourtant, dès qu’ils posent le pied sur le sol d’Israël, ils se muent en sionistes extrémistes impitoyables à l’égard des Palestiniens. Ils passent en un clin d’œil du statut de persécutés à celui de persécuteurs.

Cela dit, les Juifs ne sont pas les seuls dans ce cas. Si je suis sensible à ce problème particulier, c’est parce que je suis juif moi-même. En réalité, là encore le phénomène est universel. Au temps où Rome persécutait les premiers chrétiens, ceux-ci plaidaient pour la tolérance. Mais quand le christianisme l’a emporté, est-ce la tolérance qui a régné ? Jamais de la vie. Au contraire, les persécutions ont aussitôt repris dans l’autre sens. Prenez les Bulgares, qui réclamaient la liberté à leur régime dictatorial et qui, une fois qu’ils l’ont eue, s’en sont servis pour agresser leur minorité turque. Ou le peuple d’Azerbaïdjan, qui a exigé de l’Union soviétique une liberté dont il était privé par le pouvoir central pour s’en prendre aussitôt à la minorité arménienne.

La Bible enseigne que les victimes de persécutions ne doivent en aucun cas devenir à leur tour des persécuteurs : « Vous n’attristerez et vous n’affligerez pas l’étranger, parce que vous avez été étrangers vous-mêmes dans le pays d’Égypte » (Exode 22 : 21). Mais qui obéit à cet enseignement ? Personnellement, chaque fois que je tente de le répandre, je m’attire des regards hostiles et je me rends impopulaire.

Dans toute victime, il y a un bourreau qui attend. Cette vérité s’applique aux Juifs comme aux Palestiniens, aux Hutus comme aux Tutsis, aux Blancs européens qui ont fui les persécutions religieuses au XVIIe siècles comme aux Noirs dont ils ont fait leurs esclaves, aux Iroquoïens qui ont terrorisé les Canadiens français comme aux descendants de ceux-ci qui ont créé les conditions d’une aliénation profonde et irréversible des aborigènes.

Tel est l’enseignement de l’Histoire. Cette incapacité ou ce refus d’assumer la part de Mal qu’il y a en nous, c’est aussi notre incapacité ou refus à voir l’Autre, à le comprendre à partir de ce qui constitue son altérité même. C’est aussi ce qui nous condamne, tous, ensemble, sur cette planète, à une souffrance aveugle et bornée, donc inutile et, de ce fait, profondément tragique.

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(1) Alain Gresh. « Isaac Asimov, Elie Wiesel et l’antisémitisme ». Les blogs du Diplo – Nouvelles d’Orient. (Lundi, 18 janvier 2010) (Page consultée le 1er mai 2010)

dimanche, avril 04, 2010

Les deux mains sur le volant

« En collaboration avec la communauté internationale, les dirigeants haïtiens s'engagent à conclure un nouveau contrat social avec le peuple. Autrement dit, il faut un gouvernement entièrement démocratique, doté de politiques économiques et sociales judicieuses pour faire face à l'extrême pauvreté et aux disparités profondes en matière de répartition des richesses. » (1)

Quelle incroyable foutaise ! Je suis habitué au langage diplomatique, qui a sa raison d’être. Mais y’a toujours ben une maudite limite ! Le président René Préval en fin de mandat n’a qu’un objectif, et ce n’est pas de conclure un nouveau contrat social avec le peuple ayisien. Plutôt le contraire. Ne rien changer. Et pour cela, il lui faut « les deux mains sur le volant », forcer la tenue d’élections « démocratiques » afin d’assoir au plus sacrant une légitimité au moment où des milliards de dollars d’aide à la reconstruction sont promis à Ayiti pour les prochaines années.

Oubliez la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti, par laquelle vont transiter tous ces milliards. Bill Clinton, qui en est, avec le premier ministre Jean-Max Bellerive, le co-président, n’est là que pour donner le change. Cette commission, composée de 23 personnes de différents milieux, ne changera rien au foutoir qu’est présentement Ayiti. Un rapport du Département d’Etat américain sur la corruption dans les instances de pouvoir, notamment au sein de l’exécutif, place le pays au 168e rang sur 180, et lui accorde une note de 1,8 sur 10. (2) Préval a réfuté ces « allégation », mais d’autres voix, dont celle du sénateur Youri Latortue les ont confirmées. (3) Et, comme pour noircir encore le tableau, je tombe tout à l’heure sur un article où il est question d’un rapport de l’université Harvard très critique envers la MINUSTAH. Celle-ci aurait échoué à accomplir sa mission, qui est de désarmer et démobiliser les troupes, de soutenir le processus démocratique et le respect des droits de l’homme. (4)

La question, néanmoins, qu’il ne faut pas poser : donner ou ne pas donner ? « Carine Guidicelli, du CECI, dit évidemment qu'il faut encore donner aux organismes, mais après avoir fait ses recherches. ‘ Avant de faire un don, il faut se poser des questions. L'organisme était-il présent dans le pays avant la catastrophe ? Depuis longtemps ? A-t-il des partenaires crédibles sur place ? ’

» C'est aussi ce que prône le Dr Réjean Thomas, cofondateur de Médecins du monde Canada […] ‘ De la corruption, il y en a partout, y compris chez nous, alors qu'on a en main tous les mécanismes pour la prévenir ! En situation d'urgence, dans un pays pauvre, c'est sûr que la corruption a plus de risques de s'installer. Je continue néanmoins de penser qu'il se fait beaucoup plus de bien que de mal. Il faut donner, en choisissant un organisme fiable. ’ » (5)

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(1) Ban Ki-moon. « Vers un nouvel avenir pour Haïti ». Le Monde.fr [En ligne] (Mercredi, 31 mars 2010) (Page consultée le 31 mars 2010)

(2) Ces chiffres ne sont pas cités comme tels dans le rapport, ils émanent plutôt de Transparency International qui produit, à chaque année, au terme d’une enquête, son Indice de perceptions de la corruption. Le Département d’État américain s’appuie sur cet indice qui fait autorité.

(3) JMD. « Le rapport du Département d’Etat américain sur la corruption dans les instances de pouvoir en Haïti reflète la réalité, selon le sénateur Youri Latortue ». Radio Kiskeya [En ligne] (Mardi, 16 mars 2010) (Page consultée le 31 mars 2010)

(4) Auteur non mentionné. « La mission de l'ONU en Haïti a échoué, selon un rapport ». Le Devoir [En ligne] (Mardi, 23 mars 2010) (Page consultée le 31 mars 2010)

(5) Louise Leduc. « Le travail des organismes humanitaires critiqué ». Cyberbresse.ca [En ligne] (Lundi, 22 mars 2010) (Page consultée le 31 mars 2010)

mercredi, mars 10, 2010

Offre de services

Une trouvaille, l’autre jour, en parcourant le blogue du chroniqueur Nelson Dumais, de Technaute. Un logiciel appelé TeamViewer. Gratuit. Simple à installer et à utiliser.

J’ai dit une trouvaille. Plutôt une petite révolution. La deuxième de ma vie. La première, il y a déjà une dizaine d’années, que je dois également à Dumais, ce fut Paragon CD-ROM Emulator, un logiciel qui me permettait d’utiliser mes cédéroms sans avoir à les mettre dans l’ordinateur. Ou, pour être exact : sans avoir à demander à quelqu’un de les mettre dans l’ordi pour moi. Quelqu’un qui n’était pas nécessairement présent au moment où j’avais besoin de lui. Attente, contrariété. Une époque révolue. Révolue au sens où de nouvelles contrariétés ont remplacé l’ancienne. Ainsi va la vie : une lutte perdue d’avance, mais – et là réside tout le bonheur possible – jamais complètement perdue. Toujours, cette légère saveur de victoire. Largement attribuable au développement des techniques de l’informatique et de la communication. Paragon, aujourd’hui obsolète, a depuis été remplacé par d’autres logiciels du même genre, compatibles avec Vista et Windows 7. Quant à moi, je l’ai remplacé par DAEMON Tools Lite, également gratuit.

La seconde petite révolution, qui m’occupe depuis quelques jours, me semble encore plus déterminante. Il m’est désormais possible, de chez moi, de mon lit, d’un simple clic de souris, de partager l’utilisation d’un ordinateur, où qu’il soit sur la planète, à la condition que TeamViewer y soit également installé. À mon écran apparaît un fenêtre représentant le bureau de l’ordinateur distant, avec les icônes, la barre des tâches, le menu Démarrer…

J’ai donc pu, au cours des derniers jours, en me connectant grâce à TeamViewer, dépanner ma sœur et mes préposées qui ne sont pas des utilisatrices très expérimentées du PC. Moi-même, je ne suis pas un crack de l’informatique, loin de là. Mais je peux régler sans difficultés la plupart des problèmes courants. Et si exceptionnellement je n’ai pas la solution immédiate à un problème particulier, je la trouve sur l’Internet.

TeamViewer offre bien d’autres possibilités. Mais, l’essentiel, c’est que maintenant je me sens moins confiné à ma chambre, et, jusqu’à un certain point, plus utile et valorisé. En outre, je peux faire ce que j’aime.

C’est drôle, jeudi dernier, j’ai pensé à papa. Qu’un machin vienne à briser, il en devenait tout excité. Un gamin auquel on donne un jouet ; Obélix devant une patrouille romaine. C’est aussi le sentiment qui m’habite devant un bogue. Je me frotte les mains intérieurement, jubilatoirement. Enfin, une bonne bagarre !

J’en viens maintenant au vif du sujet. Ce billet, contrairement aux autres, n’est pas désintéressé. Je suis à la recherche de clients. Si vous, ou quelqu’un de votre entourage, avez quelque difficulté à maintenir votre ordinateur en bon état de fonctionnement, et si vous n’avez personne qui puisse vous dépanner en tout temps, n’hésitez pas à me contacter. Par courriel – lseguin2@gmail.com – ou en laissant un commentaire ci-dessous. Je vous indiquerai alors la procédure à suivre.

dimanche, février 14, 2010

Quitter Haïti

Patrick Lagacé a fait parler de lui dernièrement. On lui reproche un texte écrit à son dernier jour en Haïti, un texte critique envers le peuple haïtien, et entaché de préjugés. (1) J'ajouterais quant à moi : écrit par un homme profondément heurté, secoué par ce qu'il a vu, et qui cherche mentalement à sortir de là, à s'en sortir.

Mais, voilà : il ne suffit pas de quitter Haïti pour qu'Haïti nous quitte.

Moi-même, dans le confort de mon appartement, j'ai des moments d'émotions. La poitrine nouée tantôt par le chagrin, tantôt par la colère, l'indignation et la volée d'insultes.

Comme dimanche passé, en écoutant Tout le monde en parle.

Gaétan Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), y explique qu'en taxant davantage les bouteilles d'eau, les hot-dogs et la gomme balloune, le gouvernement se donnerait les moyens de financer « l'expertise » à sa juste valeur. Pas seulement l'expertise des médecins spécialistes, non, non, qu'allez-vous chercher là ! Toutes les expertises ! Celle des « professeurs », des « infirmières » et des... « aidants naturels ».

Arrêt sur image. Au moment de prononcer cette énormité, le Dr Barette tourne son regard vers Chloé Saint-Marie qui a la politesse de ne pas lui répondre. Mais elle a un mouvement du corps, un mouvement qui ne dure qu'une seconde, mais que le montage souligne dans un plan rapproché : elle ne la trouve pas drôle. Elle qui consacre sa vie à lutter pour la cause des aidants naturels, voilà que cette cause, devant un million de téléspectateurs, est détournée au profit d'une petite caste en quête de légitimité. Tabarn... !

Si l'expertise n'est pas financée selon les attentes de la FMSQ – qui réclame la parité, rien de moins, avec les spécialistes canadiens – eh bien elle va s'en aller ailleurs. Où ? Pourquoi pas à Vancouver, tiens, une si belle ville. Les salaires y sont aussi très élevés. D'ailleurs, c'est de là que nous vient ce propos de Pierre Foglia :

Robin et Carline « [s]ont ici depuis deux ans. Le paradis. Ne s'ennuient pas du froid, mais s'ennuient beaucoup des garderies à 7 dollars, des hypothèques raisonnables, des universités subventionnées, du transport scolaire. À Vancouver, pas d'autobus scolaire, il faut laisser les enfants à un service de garde qui les mènera et les récupérera... 1000 $ par mois. Le paradis, mais vont quand même retourner à Trois-Rivières cet été ». (2)

Le Dr Barrette ne semble pas s'intéresser beaucoup à cette réalité. Pas plus qu'à cette réflexion d'un professeur de l'Université de Montréal qui a voté contre un mandat de grève : « Ce n'est pas un rejet des principes, mais étant donné le contexte économique, il faut faire preuve de modération, a-t-il affirmé. On n'a pas les salaires des médecins spécialistes, mais on n'a pas de si mauvais salaires non plus ». (3)

Le président de la FMSQ ne s'intéresse pas beaucoup à l'actualité.

Comment dit-on gros crisse de mangeux d'marde en créole ?

__________

(1) Patrick Lagacé. « Haïti, malade de ses charades ». cyberbresse.ca [En ligne] (Samedi, 30 janvier 2010) (Page consultée le 14 février 2010)

(2) Pierre Foglia. « La flamme ». cyberbresse.ca [En ligne] (Vendredi, 12 février 2010) (Page consultée le 14 février 2010)

(3) Lise-Marie Gervais. « Université de Montréal - Les professeurs refusent la grève ». Le Devoir [En ligne] (Mercredi, 10 février 2010) (Page consultée le 14 février 2010)

Sur le même sujet :

– « Le vide ». Mercredi, 3 février 2010

A lire aussi :

– Jean-Paul Mari. « Haiti. Le cauchemar des hommes en blanc ». Le Nouvel Observateur [En ligne] (Semaine du jeudi 25 février 2010) (Page consultée le 5 mars 2010)

– Michel David. « L'odeur de la poudre ». Le Devoir [En ligne] (Samedi, 20 mars 2010) (Page consultée le 28 mars 2010)

mercredi, février 03, 2010

Le vide

Le texte d'aujourd'hui n'a pas rapport avec Haïti mais un peu quand même.

Les médecins spécialistes ne sont pas contents.

En 2007, le gouvernement leur a accordé une importante augmentation de 25,3 % étalée jusqu'en 2016. Au total, cette année-là, ils recevront 1,27 milliard de plus. Or, les voilà aujourd'hui qui s'impatientent : leur salaire n'augmente pas assez vite : 6,1 % de 2007 à 2010, contre 11 % pour leurs collègues canadiens. Eux qui pourtant visent la parité. INACCEPTABLE !

Ils réclament donc, en vue des négociations de mars prochain, des « hausses de salaire d'au moins 4 %, voire 5 à 6 % par année ». (1)

En 2007, pour mieux faire accepter leurs revendications par l'opinion publique, ils avaient évoqué l'impérieuse nécessité d'assurer l'accès aux soins. Cette fois-ci, Gaétan Barrette, président de la FMSQ, n'a montré aucun scrupule : il faut « suivre le marché, point ». Business is business.

À chaque fois que je vois des travailleurs pourtant choyés -- il n'y a pas que les médecins, hélas ! -- faire une « crise » pour avoir plus d'argent, ce qui me frappe, c'est le vide, l'ahurissant vide d'existence que recouvrent leurs infantiles gesticulations.

Être heureux, un livre entre les mains, ne coûte rien. Aider son prochain, si un séisme ne l'a pas jeté dans le dénuement le plus total, ne coûte rien. Vivre la richesse inouïe qu'il y a dans le simple fait d'exister, d'être au monde, conscient et solidaire, ne coûte rien.

__________

(1) Louise-Maude Rioux Soucy. « Les spécialistes veulent 4 % par an minimum ». Le Devoir [En ligne] (Lundi, 1er février 2010) (Page consultée le 3 février 2010)

Sur le même sujet :

-- PC. «  Santé - Jusqu'à 150 000 $ de plus par année pour les spécialistes  ». Le Devoir [En ligne]. (Mercredi, 19 septembre 2007) (Page consultée le 3 février 2010)

-- Louise-Maude Rioux Soucy. « Recul salarial - Les médecins de famille se rangent derrière les spécialistes ». Le Devoir [En ligne] (Lundi, 1er février 2010) (Page consultée le 3 février 2010)

-- Christian Bordeleau, Benoît Dubreuil. « Revendications salariales des médecins - Pour mettre fin un jour au chantage ». Le Devoir [En ligne] (Samedi, 6 février 2010) (Page consultée le 7 février 2010)

mardi, janvier 26, 2010

Patchwork haïtien

Rien à faire. Pendant des heures, j’ai travaillé à rassembler mes notes, à structurer un propos… Je n’y arrive pas. Cette catastrophe est au-delà de mes forces. Trop de journalistes rédigent trop d’articles sur ce qui se passe en Haïti. Il y a trop à dire, trop à penser. Trop d’événements dans ce désordre, trop de casques bleus, trop de soldats américains, canadiens, trop d’ONG, trop de travaux urgents, trop de malheurs, trop de pauvres, de sinistrés, trop de gravats, trop de morts, trop de tout dans ce pays où tant de gens n’ont plus rien.

Voici, en vrac, pêle-mêle, des extraits qui ont retenu mon attention. Chaque extrait est coiffé d’un titre. Une idée que j’ai emprunté à Laferrière.

Un patchwork qui aura une suite.

*

La dette

Lorsque j'entends des calculs savants concernant le coût de l'aide canadienne à Haïti, j'éprouve toujours un sentiment étrange. Je ne comprends pas pourquoi cet effort n'est pas comptabilisé dans la colonne du remboursement de la dette. A-t-on pensé un seul instant au nombre d'ingénieurs, de chimistes, d'enseignants et d'écrivains qu'Haïti nous a offerts sur un plateau d'argent depuis un demi-siècle ?

Haïti n'a pas de mines et encore moins de pétrole. Mais il a des cerveaux. Comme le disait Dany Laferrière, « la culture est la seule chose que Haïti a produite ». Son élite est même l'une des plus brillantes au monde, comme en témoignait de façon éloquente le géographe Georges Anglade, mort la semaine dernière à Port-au-Prince et qui fut l'un des fondateurs de l'Université du Québec à Montréal. (1)

L’État haïtien

La désorganisation de l'État a d'ailleurs frisé la catastrophe, dit-il. « Si le président René Préval était mort dans l'effondrement du palais présidentiel, il n'aurait pas eu de successeur. » Selon la Constitution, dans ce genre de situation, c'est le président de la Cour de cassation qui prend la succession. Or Préval n'a jamais nommé personne à ce poste. (2)

Solidarité haïtienne

Mais il faut préciser ici que la solidarité locale joue un rôle essentiel, à Haïti comme partout dans ce genre de situation. La plupart des personnes qui ont été sorties des décombres ont été sauvées par leurs voisins, de même que la nourriture et les autres formes d'entraide ont été assurées par les Haïtiens eux-mêmes. À considérer les reportages, il semble que seule l'aide provenant de l'étranger soit homologuée comme telle, alors que l'aide locale, pourtant primordiale, est ignorée. Il est vrai que la solidarité quotidienne ne fait pas de bruit et n'offre pas de spectacle, contrairement aux rassemblements menaçants et aux scènes de violence. (3)

Les forêts

S'il y a tellement de gens massés dans Port-au-Prince et ces bidonvilles qui leur sont tombés sur la tête, c'est que la population a massivement quitté des campagnes et des régions forestières qui ne peuvent plus leur fournir nourriture, vêtements et gîte sécuritaire.

Les forêts d'Haïti couvraient autrefois 80 % de l'île. Il en reste aujourd'hui entre 1 % et 2 %. Leur disparition s'est accélérée récemment, car ces forêts couvraient encore 20 % du territoire haïtien en 1960. (4)

Promesses

Aujourd'hui à Montréal, le monde se porte au chevet d'Haïti et prépare une grande conférence internationale — sans doute en mars ou en avril — qui aura lieu tout juste un an après un autre exercice du même genre, à Washington en avril 2009, qui avait abouti à des promesses de 350 millions de dollars. Promesses dont on attendait toujours la concrétisation à la veille du séisme. (5)

L’enfer

Je me suis dit que l'enfer sur Terre, c'est ici, c'est maintenant, en cet après-midi surchauffé, à Solino. Sauf que ce n'est pas vrai. Il n'a pas plu depuis deux semaines, à Port-au-Prince. Quand il pleuvra, quand le plancher de ces gens sera un champ de boue, là, ce sera l'enfer. (6)

Froideur administrative

Le message officiel lancé par le ministre canadien de l'Immigration lundi était bien sûr un message de solidarité et de compassion à l'endroit du peuple haïtien. Jason Kenney a parlé de « mesures spéciales » et de « traitement prioritaire » pour les dossiers de réunification des familles haïtiennes. Dans les faits, au-delà du beau discours, les mesures annoncées ne sont malheureusement pas d'un grand secours pour les victimes du séisme et leurs proches.

Une situation exceptionnelle commande des mesures exceptionnelles. « Qu'est-ce que je réponds à ma mère qui me dit : J'ai survécu au tremblement de terre, mais là, je vais mourir de faim ? » La question troublante posée à Marjorie Villefranche, de la Maison d'Haïti à Montréal, illustre bien le désarroi de la communauté haïtienne et l'urgence d'agir. Or, pour l'heure, comme l'a bien dit Mme Villefranche, Ottawa n'a offert qu'une « réponse froide et administrative » au désarroi de la communauté. (7)

Le peuple haïtien

Ce n'est pas le malheur d'Haïti qui a ému le monde à ce point, mais la façon dont ce peuple fait face à son malheur. Ce désastre aura fait apparaître, sous nos yeux éblouis, une forêt de gens remarquables que les institutions (l'État, l'Église, la police et la bourgeoisie) nous cachaient. Il a fallu qu'elles disparaissent momentanément pour qu'on voie apparaître ce peuple à la fois discret et fier. (8)

La dette bis

Je me souviens de l'embarras de la ministre de l'Immigration du Québec, Yolande James, lorsque je lui avais demandé si le Québec ne contribuait pas au pillage des pays pauvres en sélectionnant les travailleurs les plus qualifiés. Elle s'était contentée de répondre que le Québec n'avait pas le choix devant la concurrence. (1)

Le temps

Je ne savais pas que 60 secondes pouvaient durer aussi longtemps. Et qu'une nuit pouvait n'avoir plus de fin. Plus de radio, les antennes étant cassées. Plus de télé. Plus d'Internet. Plus de téléphones portables. Le temps n'est plus un objet qui sert à communiquer. On avait l'impression que le vrai temps s'était glissé dans les 60 secondes qu'ont duré les premières violentes secousses. (9)

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(1) Rioux, Christian. « Les vrais pilleurs ». Le Devoir [En ligne] (Vendredi, 22 janvier 2010) (Page consultée le 26 janvier 2010)

(2) Rioux, Christian. « De l'aide, pas la charité ». Le Devoir [En ligne] (Samedi, 23 janvier 2010) (Page consultée le 26 janvier 2010)

(3) Brauman, Rony. « Libre opinion - De l'aide adossée aux solidarités locales ». Le Devoir [En ligne] (Lundi, 25 janvier 2010) (Page consultée le 26 janvier 2010)

(4) Francoeur, Louis-Gilles. « Analyse - Haïti: la viabilité passe par le reboisement ». Le Devoir [En ligne] (Vendredi, 22 janvier 2010) (Page consultée le 26 janvier 2010)

(5) Brousseau, François. « Reconstruire ». Le Devoir [En ligne] (Lundi, 25 janvier 2010) (Page consultée le 26 janvier 2010)

(6) Lagacé, Patrick. « Mes excuses, Marcellin ». Cyberbresse.ca [En ligne] (Lundi, 25 janvier 2010) (Page consultée le 26 janvier 2010)

(7) Elkour, Rima. « Bienvenue chez nous, mais restez chez vous ». Cyberbresse.ca [En ligne] (Mercredi, 20 janvier 2010) (Page consultée le 26 janvier 2010)

(8) Laferrièr, Dany. « Le moment Haïti ». Le Devoir [En ligne] (Samedi, 23 janvier 2010) (Page consultée le 26 janvier 2010)

(9) Laferrière, Dany. « Tout bouge autour de moi ». Le Devoir [En ligne] (Samedi, 23 janvier 2010) (Page consultée le 26 janvier 2010)

mardi, janvier 19, 2010

Aide humanitaire à Haïti - Un bon départ

La réaction du gouvernement fédéral, selon la chroniqueuse Chantal Hébert, a donné des « résultats impressionnants » : nous assistons « à un déploiement intelligent de la gamme de moyens dont dispose le Canada pour intervenir dans ce genre de circonstances ». (1)

Bravo. Le peuple Haïtien n’en attend pas moins.

Mais on me permettra un petit bémol. Il y a quelques jours, après avoir très rapidement débloqué cinq millions, Ottawa annonçait que, pour chaque dollar versé par les Canadiens à des ONG qui interviennent en Haïti, il ajoutera un dollar, jusqu’à concurrence de 50 millions. Wow ! Quand je pense que Harper pourrait dépenser jusqu’à 45 millions, à même les fonds publics, simplement pour imprimer des milliers de pancartes géantes promouvant son plan de relance économique à travers le pays ! (2)

Ce matin toutefois, devant un appel de financement lancé par l’ONU, Ottawa annonçait que 80 millions de dollars supplémentaires seraient débloqués pour l’aide humanitaire d’urgence. (3).

Ce qui porte la contribution canadienne à environ 125 millions de dollars, auxquels s’ajoutent les coûts liés à la mobilisation de 1700 soldats, sept hélicoptères et deux navires.

Un bon départ. Surtout lorsque comparé à d’autres pays, comme la France qui a pourtant une faramineuse dette historique envers Haïti.

Selon une estimation qui a circulé dans les journaux, il en coûtera dix milliards pour remettre Haïti sur pied.

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(1) Hébert, Chantal. « Stephen Harper et Haïti : la suite ». Le Devoir [En ligne] (Lundi, 18 janvier 2010) (Page consultée le 19 janvier 2010)

(2) Bourgault-Côté, Guillaume. « Des pancartes fédérales très coûteuses ». Le Devoir [En ligne] (Mardi, 3 novembre 2009) (Page consultée le 19 janvier 2010)

(3) Beauchemin, Malorie. « Ottawa envoie 80 millions supplémentaires ». Cyberpresse.ca [En ligne] (Mardi, 19 janvier 2010) (Page consultée le 19 janvier 2010)

lundi, janvier 18, 2010

Partir, c'est mourir un peu

J’ai décidé de faire comme Foglia et de me tourner vers le Pays sans chapeau, (1) de Dany Laferrière. Lui, pour « affronter la réalité » dans son « essence », (2) moi, plus simplement – mais c’est peut-être la même chose -- pour me sentir plus près des Haïtiens.

Depuis que j’ai reçu ce roman, au jour de l’An, je me suis bien gardé d’en lire ne serait-ce qu’une page. D’abord finir de le numériser. Mais, voilà : cette tâche ne sera pas terminée avant deux semaines. Le besoin devenait trop pressant.

J’ai donc lu jusqu’à la page 178.

Un récit qui avance par touches légères de quelques paragraphes, suivant une métaphore qui nous est donnée dès les premières pages :

« Tiens, un oiseau traverse mon champ de vision. J’écris : oiseau. Une mangue tombe. J’écris : mangue. Les enfants jouent au ballon dans la rue parmi les voitures. J’écris : enfants, ballon, voitures. On dirait un peintre primitif. Voilà, c’est ça, j’ai trouvé. Je suis un écrivain primitif. » (p. 14)

Désir de nommer, de se réapproprier par les mots une réalité perdue. Désir de revivre. Le retour au pays natal du narrateur, après vingt ans d’absence, est un retour à la vie.

D’ailleurs, en lisant ces pages, une phrase de Haraucourt m’est revenue. Partir, c'est mourir un peu :

« Ma mère ne dit jamais Montréal. Elle dit toujours là-bas. » (p. 28)

« L'au-delà. Est-ce ici ou là-bas ? Ici n'est-il pas déjà là-bas ? C'est cette enquête que je mène. » (p. 69)

« Je remonte vers le morne Nelhio, les mains dans les poches. Exactement comme je le faisais à vingt-trois ans. Je reprends ma vie au moment où je l'ai quittée. Je respire à pleins poumons. Libre dans la nuit port-au-princienne. » (p. 89)

C’est le bonheur que je souhaite au peuple haïtien : respirer la liberté à nouveau.

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(1) Laferrière, Dany. Pays sans chapeau. Boréal compact, 2006, 323 pages.

(2) Foglia, Pierre. « Pays sans chapeau ». Cyberpresse.ca [En ligne] (Jeudi, 14 janvier 2010) (Page consultée le 18 janvier 2010)

samedi, janvier 16, 2010

Coeurs atteints

Plus de 100 000 Haïtiens au Québec. Et pas un qui n'ait perdu un parent, un ami. Voire plusieurs. L'épicentre du séisme à quelques kilomètres de Port-au-Prince, mais des secousses ressenties jusqu'ici. Les cœurs atteints à jamais, et cette obsédante – et pourtant vaine – question : pourquoi Haïti, toujours ?

Mes préposées endeuillées, presque toutes originaires de là.

Je ne sais quoi leur dire. Catinette, hier au matin, très irritable. Je n'ai pas su éviter la dispute, qu'elle cherchait par son agressivité. Cœur atteint.

Jeudi après-midi. Sur RDI, les images sinistres défilent. Je discute avec ma sœur lorsqu'elle réalise qu'il est presque 16 h 30. Dans quelques minutes Gigi va arriver. Précipitamment, comme par pudeur, Francine saisit la télécommande et éteint la télé.

Hier au soir, peu avant qu'elle ne quitte à 23 h 30, ma préposée africaine me demande comment va Gigi. Je lui réponds qu'elle ne va évidemment pas bien, comme tous les Haïtiens.

-- Tu te rends compte, 50 000 morts !

Elle continue à travailler comme si elle ne m'avait pas entendu. Je suis au lit, près d'elle, je ne vois qu'un côté de son visage. Étrange silence.

Cœur atteint ?

samedi, janvier 02, 2010

Bilan 2000-2009. Clivage Nord-Sud

Ma brève revue de la dernière décennie.

Bien sûr, tout d'abord, l'incontournable 11 septembre 2001, événement inimaginable, dont la charge symbolique n'a pas fini de nous hanter. L'effondrement des deux gratte-ciel a brusquement mis au jour, en ce début de XXIe siècle, la vulnérabilité d'une Amérique qui se croyait toute puissante. Quand Bush lance, quelques mois après les attentats, ses armées sur le pays du dictateur Saddam Hussein, cette Amérique-là, nous ne le savons pas encore, a déjà cessé d'exister. Les deux guerres menées concurremment contre l'Irak et l'Afghanistan vont nous confirmer dans l'horreur et le sang ce changement profond : un Islam radical émerge et défie l'ordre établi, lequel est fondé sur l'appropriation de la richesse, l'intimidation militaire et l'injustice.

La crise économique qui a frappé à l'échelle mondiale en fin de décennie s'inscrit dans cette évolution. Son épicentre, situé aux États-Unis, montre un pays atteint au cœur de sa puissance, incapable de s'imposer face aux pays « émergeants » que sont le Brésil, l'Inde et, surtout, la Chine. Cette dernière, entrée à l'OMC deux mois après les attentats, est désormais un partenaire et un adversaire économique de premier plan. La Chine, comme nous l'avons constater en décembre dernier, lors de la conférence de Copenhague sur le climat, en impose.

Mais il n'y a pas que l'Asie. Ici, sur cette grande île qu'est notre continent, la donne géopolitique évolue rapidement. Les médias n'ont pas souligné ce qui constitue, à mon avis, un événement de première importance : l'émergence tant espérée d'une autre Amérique, latine celle-là, menée par des gouvernements de gauche non inféodés aux États-Unis. Le Brésil, puissance régionale affirmée, le Vénézuela de Hugo Chavez, l'Argentine, l'Équateur, l'Uruguay, la Bolivie, tous ces pays, auxquels nous pourrions encore ajouter le Chili, ont abandonné, à des degrés divers, les politiques « néolibérales » jusque-là imposées par le FMI et la Banque mondiale, et se sont tournés vers un type de développement plus soucieux des immenses besoins sociaux. Plus que Barak Obama, l'élection la plus significative et porteuse d'espoirs fut celle, historique, d'Evo Morales à la présidence de la Bolivie. Pensons-y un instant : un aborigène, un Aymara, peuple méprisé comme le sont toutes les first nations, prend les commandes du pays et impose ses réformes à une élite outrée, corrompue et raciste. Les vrais Nègres, sur cette terre d'Amérique, ce ne sont plus les Noirs mais eux, les aborigènes, ne l'oublions jamais. (1)

En novembre 2001 s'amorçait, dans le cadre de l'OMC, le cycle de Doha, du nom de la capitale du Qatar, cycle de négociations destinées à libéraliser le commerce des produits agricoles de manière à favoriser les pays en voie de développement (PVD) en leur offrant un meilleur accès au marché des pays développés. Impliquant 153 pays, ces négociations, qui devaient aboutir à un accord en 2004, se sont vite transformées en un affrontement Nord-Sud et sont aujourd'hui dans une impasse. « De nombreux membres [de l'OMC] ont pointé du doigt la mauvaise volonté des Américains qui paralysent les négociations depuis des mois. » (2) Pendant ce temps, une crise alimentaire frappait à une échelle sans précédent. En quelques mois, en 2008, 100 millions de pauvres étaient jetés dans la précarité extrême, portant leur nombre à près d'un milliard. Cette crise a plusieurs causes, la plupart impliquant directement les pays développés, comme la spéculation sur les marchés à termes, le détournement des terres agricoles vers la production de biocarburant, le réchauffement climatique...

À ce propos, j'ai mentionné plus haut la conférence de Copenhague, tenue en décembre 2009, en clôture de la décennie : c'est, à mon avis, un autre événement phare. Cent quatre-vingt-douze pays réunis, 15 000 personnes, négociateurs, représentants d'ONG et du milieu des affaires, journalistes. Du jamais vu. Nul ne peut désormais douter de l'importance des problèmes environnementaux, devenus aussi bien des problèmes sociaux, donc politiques. Une évolution marquante au cours des dix dernières années. Mais qui, malheureusement, arrive trop tard.

Échec du cycle de Doha, échec à Copenhague... Les dix dernières années semblent marquées par un durcissement du clivage Nord-Sud. L'hégémonie états-unienne qui s'affaiblit, la montée des PVD, regroupés dans le G77, emmenés par la Chine, l'Inde et le Brésil, tout cela dans le contexte d'une triple crise environnementale, économique et alimentaire : la prochaine décennie s'annonce charnière, déterminante, et passionnante.

11 septembre 2001

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(1) AFP. « Un rapport de l'ONU - Les indigènes meurent jeunes ». Le Devoir [En ligne] (Vendredi, 15 janvier 2010) (Page consultée le 16 janvier 2010)

(2) AFP. « Les ministres devront accélérer s'ils veulent conclure Doha en 2010 ». Le Devoir [En ligne] (Jeudi, 3 décembre 2009) (Page consultée le 2 janvier 2010)